6.1. Présentation du chantier
La boucle K peut être présentée comme un
giratoire pour avion. Elle doit être réaménagée
dans le cadre de l'extension de l'aéroport. Il est envisagé
avec l'augmentation du trafic de faire dégager le plus
rapidement possible les avions qui viennent d'atterrir vers les
aires de stationnement des aérogares. L'aménagement
de la boucle K consiste en la création d'une voie qui la
coupe selon un diamètre et de pattes d'oie pour relier
des voies parallèles.
La construction de ces tronçons de voies est divisée
en huit phases. Le phasage est réalisé de telle
sorte que les longueurs de tronçons immobilisés
ou mis en double sens la nuit, soient les plus courtes possibles.
Les voies seront remises en service le jour.
Les délais de réalisation des travaux sont à
respecter pour ne pas perturber les interventions de génie
civil, de chaussée et de réseaux qui succéderont
au terrassement.
6.2. La phase 3/1
Cette phase consiste à réaliser deux demi pattes
d'oies jusqu'à la couche de chaussée et le début
du tronçon du diamètre de la boucle K pour le passage
d'un multitubulaire. Nous étions chargés du lot
terrassement. Dans un premier temps nous étions seuls à
travailler de nuit. VIA FRANCE et la SCREG se sont ensuite joints
à nous pour réaliser les ouvrages qui relevaient
de leur spécialité.
La phase 3/1 a commencé la nuit du 3 au 4 juillet. Les
travaux ont été entièrement faits de nuit.
J'ai donc passé toutes mes nuits du mois de juillet et
d'août sur la boucle K. Je n'ai repris le travail de jour
que la dernière semaine de mon stage. Nous avons connu
pendant cette phase une semaine d'intempérie. Cette semaine,
nous travaillions juste avec une pelle pour créer des exutoires
et évacuer l'eau qui s'était accumulée.
Pour mon information, j'ai repris contact avec le chantier à
la mi-septembre et l'on m'a indiqué que la phase 3/1 était
bien terminée.
Pour nos interventions sur la boucle K, nous disposions
du matériel suivant :
Engins de transport.
6 tombereaux articulés Volvo A25 (6X6)
6 Camions (6X4)
1 dumper Caterpillar 769C
Pelles (utilisées à la charge, au terrassement
ou au décapage).
1 pelle Liebherr 942
1 pelle CAT 320 avec godet curage orientable
1 pelle Komatsu 210 LC
1 pelle CAT 212 à pneu
Bouteurs (pour le décapage, le régalage
et l'entretien des dépôts).
1 bull CAT D6H
1 bull CAT D7H
Compacteurs.
1 compacteur vibrant Hamm V5
1 compacteur vibrant Dynapac V5
1 compacteur à pneus CAT P300
Niveleuses.
2 niveleuses CAT 14G
Atelier de traitement.
1 pulvimixeur Raco SS250
1 épandeur Panien Renault
1 épandeur Panien Volvo
3 silos
1 compresseur
1 tracteur avec citerne arroseuse
1 scrap 631 arroseur.
Au plus gros de l'activité sur la boucle K, tous les engins
cités tournaient.
6.3. Un chantier de nuit
Compte-tenu
du trafic aérien, le temps dont nous disposions chaque
nuit pour travailler était fixé à au plus
huit heures et demie. Il pouvait également y avoir
quelques retards d'ADP dans l'ouverture du chantier. Il
était donc impératif d'éviter toute perte
de temps. La pose était réduite à un quart
d'heure. Tout le monde était donc à temps-plein
sur le chantier. Le chef de chantier supervisait les différents
ateliers qui étaient sous la responsabilité d'un
chef d'échelon. Nous devions faire face aux imprévus
de la nuit. Cette situation particulière me donna vraiment
une impression de responsabilité, d'autant plus que l'isolement
sur le site était souligné par l'obscurité
environnante.
Le chantier était très délicat. La nuit,
la petite taille du chantier, la présence des avions, le
nombre d'engins et la difficulté du travail rendaient les
interventions sur la boucle K très délicates. Nous avions parfois des difficultés à remplir les
objectifs prévus pour une nuit bien que nous y consacrions
tous nos moyens, mais chaque nuit, nous avions toujours
à faire face à un impondérable (panne, casse,
matériaux non conformes, intempéries). Le travail
de nuit ne sera jamais comparable au travail de jour. Ce stage
avec intervention de nuit, dans le respect de fortes contraintes
horaires m'a permis de prendre conscience de la spécificité
de tels chantiers.
6.3.1. Le balisage des pistes
Avant d'accéder au chantier, il fallait interdir aux avions
la portion de voie de circulation le long de laquelle nous allions
travailler. Pour ce faire, il fallait installer un balisage. Nous
allions donc chercher tous les soirs auprès du service
balisage d'ADP, une vingtaine de balises lumineuses rouges autonomes
et disposant d'une batterie qu'il fallait recharger après
chaque poste. Sur un aéroport, chaque couleur de feux a
une signification particulière :
des feux verts régulièrement espacés
matérialisent l'axe des pistes et des voies,
des feux bleus signalent la limite entre les voies et les accotements,
les feux rouges annoncent un rétrécissement de
piste ou un accès interdit.
J'étais chargé de la fermeture des pistes au début
de chaque poste. J'étais accompagné d'un manoeuvre
qui m'aidait à placer les balises aux limites de notre
chantier. Pour cela nous étions escortés par un
"flyco" qui attendait l'autorisation de la tour pour entrer sur
les pistes. Nous accédions sur les pistes et nous fermions
les voies de circulation qui conduisaient à notre chantier
par quatre balises intercalées de cônes. Une fois
les pistes fermées, les véhicules pouvaient accéder
au chantier.
De même en fin de poste, il fallait ramasser toutes les
balises pour la réouverture des pistes au trafic aéroportuaire.
Avant de commencer le ramassage nous nous assurions que tout notre
personnel avait bien quitté le chantier et qu’aucun engin
n’avait été stationné en zone de servitude.
Ces consignes m'ont montré leur utilité, je crois
opportun de rapporter ainsi ce qui est intervenu à
un moment de ce chantier délicat : Une nuit, nous avons
été surpris par une forte pluie et nous avons décidé
d’arrêter le chantier. Nous avons prévenu en premier
les chauffeurs des tombereaux A25 et des camions 6X4 qui se sont
très vite transmis le message et ont arrêté
leurs rotations. Cette nuit là, nous travaillions à
la fois sur la boucle K et sur une voie de circulation un peu
plus à l’est. Sur la boucle K, il y avait un bull D6 et
son chauffeur qui organisait seul le déchargement, à
la lueur de ses phares, des camions de marne pour monter un remblai
d’accotement. Le reste des moyens se trouvait sur l’autre partie
du chantier. Nous avons débauché les conducteurs
d'engins et j’ai confié mon fourgon à un pelleteur
pour qu’il les raccompagne aux locaux de chantier. Je suis resté
avec un autre chef d’échelon pour ramasser le balisage
et j’étais alors persuadé que tout le monde avait
quitté le chantier. Nous avons fait notre tour habituel
du chantier pour s’assurer qu’il était bien fermé.
Quand nous sommes arrivés sur la boucle K, nous n’avons
pas trouvé au premier abord le bull qui y opérait.
En fait, il était en contre-bas dans l’obscurité.
Ses feux étaient éteints et son moteur arrété,
il se trouvait hors de la zone de servitude. N'ayant pas vu le
chauffeur quitter le chantier, j’ai voulu m’assurer que tout était
bien en ordre avant de partir. J’ai donc marché jusqu’au
bull D6 pour me rendre compte que le chauffeur était dans
la cabine et qu’il y dormait. Il s’était assoupi ne voyant
plus de camions arriver. Pensant que ceux-ci faisaient leur pose
ensemble à la charge comme ils en ont l’habitude, il avait
arrêté son engin pour se reposer. J’ai alors bien
ri en constatant les faits et en imaginant qu’il aurait pu se
réveiller au petit matin, abandonné au milieu de
la boucle K, avec le trafic qui aurait repris et les 747
lui tournant autour.
Après avoir procédé au rangement et à
la fermeture du chantier, nous ramassions toutes les balises pour
les remettre au service balisage d'ADP, qui rechargeait les batteries.
6.3.2. Le déroulement des nuits
Horaires du chantier de la boucle K :
Poste de nuit de 22h00 à 6h30 avec casse-croûte
de 2h30 à 2h45.
Accès théorique sur les pistes : 22h30 (cette heure
dépend du trafic aérien)
L'éclairage des lieux de travail :
Les
zones dans lesquelles nous travaillions se trouvaient dans l'obscurité
totale. Aussi pour travailler, disposions-nous de cinq tours d'éclairage.
Le plein des groupes électrogènes était fait
pendant le balisage. Nous les amenions sur les lieux de travail
avec un fourgon ou avec un grader équipé d'un crochet
d'attelage sur le ripper. Une fois installées, les tours
étaient orientables permettant ainsi de suivre l'avancement
du travail. En fin de poste il fallait sortir les tours car le
chantier se trouvait en zone de servitude. Comme nous devions
libérer les pistes pour 6h30, cela demandait d'être
prévoyant et d'arrêter les travaux pour pouvoir ranger.
Au mois de juillet, nous pouvions travailler en fin de poste alors
que nous rangions les tours car le soleil se levait très
tôt, mais à la fin du mois d'août le travail
s'arrêtait nécessairement au moment du rangement
des tours.
Les travaux ont commencé par le décapage de la
terre végétale. Les travaux de terrassement ont
déblayé les marnes. Les remblais sous la couche
de forme étaient en limon traité chaux. La couche
de forme était traitée à la chaux et au ciment.
Notre travail a aussi consisté à créer des
fossés d'accotement végétalisés. L'entretien des pistes :
Les mouvements des camions avaient pour conséquence de
salir les pistes de l'aéroport. Nous devions les rendre
propres à la fin de chaque nuit. Pour le nettoyage des
pistes, deux balayeuses tournaient en continu et aspiraient toutes
les mottes de terre qui se trouvaient sur les voies de circulation.
Les différentes tâches réalisées au
cours des nuits en tant que chef d’échelon :
Conduite de compacteur
Le travail d’un terrassier passe par la connaissance des engins
de production. J’ai ainsi été initié à
la conduite de compacteur V5. Une des premières nuits où
nous avons travaillé sur la boucle K, il manquait visiblement
un camion dans l’échelon de production. Nous avons placé
le chauffeur du compacteur sur un dumper 769 et je l’ai remplacé
durant la nuit. Il m’est arrivé de nombreuses fois de monter
sur cet engin. Les démarches administratives imposées
par la sécurité de l'aéroport pour remplir
les conditions d’entrée étant nombreuses et le poste
se faisant de nuit, nous nous retrouvions parfois sans chauffeur
de compacteur. Cette situation se présentait lors d’un
départ en vacances d’un chauffeur, lors d’un caprice d’un
intérimaire qui partait en début de poste ou lors
d’un renvoi d’un chauffeur pour faute professionnelle. Ainsi le
remplacement que j’assurais nous permettait d’améliorer
le rendement du poste ou tout simplement de le continuer. Je réalisais
le compactage des couches en roulant à 2 km/h en faisant
le nombre de passes nécessaires et en fin de poste je fermais
le chantier.
Durant toutes ces nuits je me suis intéressé à
la conduite des engins et je suis souvent monté avec les
chauffeurs dans la cabine. Un matin en fin de poste j’étais
seul avec le graderiste. Nous allions fermer l’emprunt et surtout
"donner un coup de lame" où le dumper 769 s’était
"planté". Par concours de circonstances, le terrain marneux
étant tellement humide, le grader s’est également
embourbé. Nous étions seuls et j’ai donc dû
conduire le dumper 769 et à l’aide d’une élingue
nous avons ainsi réussi à sortir le grader de sa
position.
Suivi des engins de production
Les chauffeurs connaissent leur métier mais il faut vraiment
les guider et c’est au chef d’échelon de prendre les initiatives
et de leur expliquer le travail. Il faut souvent orienter les
camions en fonction des besoins et les faire décharger.
Comme sur tout type de chantier beaucoup d’ordres se transmettent
par gestes. De nuit, je m’aidais d’une torche pour faire signe
aux camions et les placer correctement.
J’ai également suivi des pelles au terrassement. Les seuls
repères en terrassement sont les piquets. Sur ceux-ci nous
pouvons lire la cote de l’arase et la pente du talus (la référence
étant la tête de piquet ou un clou). Les engins ne
respectant pas toujours ces jalonnements, nous tancions
ceux qui écrasaient les piquets en leur disant "un piquet,
c’est un bonhomme", mais cela ne sensibilisait pas certains car
je retrouvais toujours des piquets à terre. Quand nous
le pouvions, nous remontions le piquet à l’aide d’un autre
enfoncé à coté. Sinon, nous demandions aux
topographes de le réimplanter. Le bilan était toujours
une perte de temps car sans piquet topo, nous ne pouvions travailler.
Ainsi je guidais la pelle avec un gabarit, un niveau et un mètre.
Très souvent je confirmais au pelleteur qu’il était
à la bonne cote. Les pelleteurs ont une grande maîtrise
de leur technique et effectuent un travail au centimètre
près.
Une fois l'arase de la couche de forme atteinte, nous pouvions
entamer le traitement au ciment. Le chemin critique dans un échelon
de traitement passe par le travail du pulvimixeur. Cet engin a
une vitesse de progression relativement lente. Dans un premier
temps, après une humidification de l'arase à l'arroseuse,
il faut envoyer le Panien. Une fois celui-ci a épandu une
bande au dosage voulu, le Raco peut commencer son malaxage. Le
Panien faisait trois passes avec l'étalonnage que nous
avions fait. Le Raco effectuait deux passes pour bien brasser
les matériaux. Ces deux engins ne se chevauchaient pas
car le Panien était plus rapide. Dans un deuxième
temps, le compacteur intervenait. Quand nous travaillions dans
des zones relativement étroites, la difficulté résidait
à coordonner les engins pour éviter qu'ils ne se
gènent et pour minimiser leurs temps d'attente. Quand j'avais
un échelon de traitement, je veillais à éviter
les pertes de temps et à envoyer les engins au meilleur
moment. Il fallait en effet que le traitement complet soit réalisé
en quatre heures. Celui-ci était achevé une fois
le réglage fait à la niveleuse.
Le
suivi des compacteurs m'obligeait à rappeler au chauffeur
la vitesse de compactage et à compter le nombre de passes
car certains chauffeurs confondent passe et aller retour. Il fallait
aussi vérifier le chargement de disques dans les tachygraphes.
Je m'assurais de la fermeture du chantier par les compacteurs
en fin de poste.
Réglage de la couche de forme
Cette tâche était réalisée par la niveleuse.
Il fallait trois hommes pour le jeu de nivelettes. Le réglage
se réfère toujours aux piquets. L'amer du jeu de
nivelettes était confié à un manoeuvre qui
le plaçait sur le clou d'un piquet. Je prenais soit la
nivelette volante, soit celle de visée. Le viseur donnait
les différences de cote au possesseur de la nivelette volante.
Ce dernier transmettait les instructions par geste au niveleur.
Ainsi la niveleuse "ramenait de la camelote ou donnait un coup
de lame". Comme me l'a appris mon chef de chantier, une niveleuse
ne doit jamais s'arrêter et elle est l'engin prioritaire
sur le chantier. La niveleuse faisait son passage et au moment
où elle revenait en marche arrière nous lui donnions
les instructions de réglage.
Note sur les nivelettes :
Elles font toutes les trois la même hauteur (généralement
un mètre). Elles permettent le réglage par visée.
* L'amer se place sur un point à la cote définitive.
Elle possède deux bandes (blanche et rouge) de dix centimètres.
* La volante se place sur le terrain à régler et
n'a qu'une bande de dix centimètres.
* La visée identique à la flottante se place sur
un point à la cote.
La mesure de la différence de cote se faisait en alignant
les trois nivelettes et en interpolant cette différence
par rapport la largeur des bandes de dix centimètres.
Ce procédé s'est avéré suffisamment
précis pour des réceptions topographiques avec une
tolérance de 0/-2 cm.
6.4. La sécurité sur le chantier
Elle a commencé avant le début des travaux par
un repérage à pied des lieux de travail. La première
nuit où nous sommes venus sur le site, nous avons recherché
les réseaux d'alimentation de piste à l'aide d'un
détecteur de courant. Ce travail préliminaire a
délimité toutes les zones d'évolution en
sécurité des engins de terrassement.
Comme les travaux se faisaient de nuit, il fallait augmenter
la visibilité des engins et des personnes. Les engins allumaient
leurs phares et étaient équipés d'un gyrophare.
Les hommes à terre portaient un baudrier réfléchissant.
Pour remédier à l'isolement du chantier et à
la distance qui nous séparait des installations, le chef
de chantier était équipé d'un téléphone
portable. Il était donc possible en cas d'accident de prévenir
les secours. De plus nous étions surveillés par
un contrôleur d'ADP qui était en liaison par radio
avec tous les services de l'aéroport.
Des règles de circulation étaient définies
par ADP. L'accès au chantier ne se faisait qu'une fois
les pistes fermées par la mise en place du balisage. Pour
éviter que des chauffeurs ne s'aventurent sur des pistes
encore ouvertes, nous leur imposions un point de passage obligatoire
pour le premier accès de la nuit. L'autorisation d'accès
était donnée à ce point de passage quand
le balisage était complet. Les chauffeurs pouvaient ensuite
utiliser d'autres accès en toute sécurité.
Malgré ces règles, il fallait être vigilant,
ainsi :
Une nuit, un chauffeur de niveleuse a accédé
directement au chantier sans emprunter le passage de premier accès,
il a circulé sur des voies réservées aux
avions qui n'étaient pas encore fermées. Le conducteur
de travaux qui était présent en début de
poste et qui a assisté à l'incident, l'a sanctionné
d'un avertissement.
Faisant partie du personnel à pied j'étais très
vigilant vis-à-vis de l'évolution des engins. Je
redoublais d'attention quand j'entendais un klaxon de recul. J'identifiais
alors par un tour d'horizon l'engin qui exécutait une telle
manoeuvre. Sur un chantier tout le monde est responsable en termes
de sécurité. Cependant, comme sur tout chantier,
certains en avaient moins conscience et des hommes à pied
semblaient ignorer le danger. J'ai ainsi été amené
souvent à interpeller souvent ceux qui discutaient entre
eux et qui oubliaient qu'ils étaient dans une zone d'évolution
de niveleuse ou de 631 arroseuse.
Ma plus grande crainte était qu'un homme se retrouve coincé
entre un engin et le bord de piste. Comme le présente ce
schéma nous avions besoin de terrasser le long des voies
existantes. Une surveillance particulière des plus imprudents
était nécessaire.
Le plus grave incident auquel j'ai dû faire face une
nuit s'est produit avec un chauffeur de compacteur. Je l'ai surpris
endormi au volant de son engin qui avançait. J'ai dû
sauter dans la cabine pour le réveiller afin qu'il stoppe
son engin. J'ai également constaté qu'il avait écrasé
quatre piquets des topographes. La sanction fut immédiate,
et il a été exclu du chantier. J'ai établi
un rapport concernant cet incident, l'entreprise à laquelle
appartenait le chauffeur devait décider de la sanction
( avertissement ou licenciement).
La sécurité de nuit est d'autant plus importante
que les perceptions de chacun sont réduites et que la fatigue
est présente pour tout le monde. Chacun doit par conséquent
assumer ses responsabilités et avoir conscience des dangers.
6.5. Le traitement des sols
Le
traitement à la chaux a pour but de modifier l'état
hydrique et de neutraliser les argiles. L'action immédiate
de la chaux se traduit par une baisse de la teneur en eau et par
une floculation des argiles. La portance des sols traités
est augmentée et il est plus facile de les travailler étant
donné qu'ils sont plus secs.
Les liants hydrauliques agglomèrent les éléments
granulaires pour conférer au sol une cohésion permanente.
L'action immédiate du liant assèche le matériau
et lui donne à long terme un résistance en traction.
Le
traitement du limon se faisait directement sur l'emprunt. Il était
fait de jour et il fallait prévoir les quantités
dont nous pouvions avoir besoin la nuit. Le limon traité
était mis en cordon au fur et à mesure par un bull
D7H. Ceci facilitait la charge la nuit. La charge était
réalisée par une pelle sur des tomberaux A25
ou des camions 6X4. Le limon traité était ensuite
acheminé sur site pour être mis en couches de 35
cm puis compacté. Après le traitement du limon dans
la journée, l'emprunt était soigneusement fermé
à la bille.
Le traitement de la couche de forme au ciment se faisait directement
en place.
La chaux et le ciment étaient stockés dans des
silos. A l'aide d'un compresseur, les Paniens étaient chargés
en fonction des besoins. Les phases du traitement :
a)
L'étalonnage du Panien est fait à l'aide du
bâche de 1 m². Après le passage du Panien, un
peson donne la masse de chaux ou de ciment épandu au m².
Les épandeurs utilisés disposent d'un système
doseur volumétrique associé à la vitesse
de déplacement.
b) Le Panien épand plusieurs couches pour atteindre le
dosage voulu en fonction de l'étalonnage. c) Le malaxage est ensuite réalisé avec un Raco
SS250. Il s'agit d'un pulvimixeur à arbre horizontal qui
permet de régler l'épaisseur de la couche traitée.
Au bout de deux passes, les matériaux sont bien brassés.
Le réglage de l'épaisseur permet d'obtenir le dosage
de chaux ou de ciment désiré.
d) La dernière étape est le compactage. En fonction
des matériaux, il faut se référer au tableaux
du GTR pour déterminer les modalités de compactage.
Le traitement au ciment, demande d'humidifier le sol à
l'aide d'une arroseuse.
Chaux vive :
|
Epaisseur traitée en m
|
% de chaux
|
Quantité théorique à
épandre en kg/m²
|
|
0,35
|
1
|
5,8
|
|
2
|
11,6
|
|
3
|
17,3
|
|
Ciment LIGEX FPL1 (couche de forme) :
|
Epaisseur traitée en m
|
% de ciment
|
Quantité théorique à
épandre en kg/m²
|
|
0,35
|
6
|
34,4
|
|
Sur la boucle K, en tant que chef d'échelon, je m'assurais
que les chauffeurs de compacteurs respectent ces consignes, notamment
le nombre de passes (une passe est par définition un aller
ou un retour). Je veillais également à ce qu'ils
placent dans leur tachygraphe un disque. Le disque de compactage
était la seule preuve du travail de compactage. Il nous
servait à vérifier la vitesse et la fréquence
de vibration. Ensuite il nous permettait de calculer le rendement
et le Q/S réels pour les confronter aux paramètres
théoriques.
6.6. Le suivi qualité
6.6.1. L'assistance topographique
Toutes les implantations étaient réalisées
par une équipe de topographes. Des moyens performants étaient
mis en oeuvre. L'utilisation d'un GPS permettait d'obtenir une
précision inférieure au demi-centimètre en
x , y , z dans l'implantation d'un point. Cette équipe
nous suivait toutes les nuits et implantait de nouveaux piquets
en fonction de l'avancement ou réimplantait les piquets
manquants.
Notre travail était terminé pour une zone lorsque
les topographes en faisaient la réception.Tous les
résultats des relevés ont montré que nos
réglages étaient satisfaisants pour les tolérances
du marché.
6.6.2. Les essais de plaques
L'essai
de plaque consiste à mesurer le déplacement vertical
du point de la surface situé à l'aplomb du centre
de gravité d'une plaque rigide chargée. Ce déplacement
est appelé déflexion. Cet essai est destiné
à la mesure de la déformabilité des plate-formes
de terrassement constituées par des éléments
dont les plus gros ne dépassent pas 200mm.
Dans le cadre du contrôle qualité du chantier, en
vue de la vérification des portances de la couche de forme
de la boucle K, cet essai était régulièrement
réalisé.
En plusieurs points de la plate-forme, le laboratoire du chantier
intervenait durant la nuit pour mesurer la portance du terrain
en place ou celle de la couche de forme réglée avant
réception. Ainsi à un point considéré,
les déflexions sont mesurées au cours de deux cycles
de chargement à partir d'une position de référence.
Une commande électrique permettait de charger la plaque
en actionnant un vérin. La plaque supporte une partie du
poids du camion lesté et exerce sous sa surface une pression
sur le sol. Un écran permet de connaître la charge
appliquée. Une première opération consiste
à installer la poutre Benkelman et à mettre la plaque
en charge pendant une dizaine de secondes. Une charge de 850daN,
soit une pression de 0,3 bar définit la pression de référence.
Pour
la réalisation de cet essai deux opérateurs sont
nécessaires : l'un commande la mise en charge de la plaque
par le vérin hydraulique, l'autre relève les mesures
de déflexion à l'extrémité de la poutre
Benkelman sur le capteur de déplacement. Deux déflexions
(W1 et W2 ) sont mesurées
pour chaque point par des mises en charge régulières
de la plaque. La première charge était de 7065daN
(soit une pression de 2,5 bars) et la deuxième de 5650daN
(soit une pression de 2 bars). L'interprétation des résultats
permet de calculer le module de déformabilité du
sol contrôlé.
Comme il est spécifié au CCTP, une vérification
de la qualité de l'arase terrassement était réalisée
au camion de plaque. Ce contrôle devait montrer un module
Ev2 > 35 MPa. Dans le cas contraire (cela c'est produit
pour certaines zones) pour l'arase de terrassement constituée
de marnes, il était alors procédé au décaissement
de 0,30m de matériaux qui étaient remplacés
par du limon traité à la chaux. Pour l'arase constituée
de limon, il était procédé à un traitement
en place sur une couche de 0,30m. Si l'épaisseur de limon
n'était pas suffisante, il était procédé
comme pour les marnes.
Entre certains profils, nous n'avions pas la portance demandée.
Il fallait alors établir un constat avec un surveillant
de travaux de l'aéroport avant d'entreprendre un terrassement
ou un traitement supplémentaire.
Toujours conforme au CCTP, la couche de forme traitée
à la chaux et au ciment subissait un contrôle de
plaque (ou de dynaplaque, pour cet essai se référer
au paragraphe 6.6.6) qui devait faire apparaître
les résultats suivant :
Ev2 > 55 MPa
et Ev2 / Ev1 < 1,8
Les deux modules Ev2 et Ev1
sont calculés à partir de la déflexion correspondante
:
Ev = 1,5 x Q x a x (1 - s
2 )le résultat est exprimé en
bars
W
avec
Q : pression moyenne sous la plaque en bars
a : rayon de la plaque en mm
W : déflexion en mm
s : coefficient de Poisson égal à 0,25
La déformabilité mesurée doit être
compatible avec les déformations que peut supporter le
matériau qui prendra place au dessus. Celui-ci ne doit
pas se décompacter par cisaillement. Les essais de plaque
étaient réalisés sur la couche de forme que
nous avions réalisée, celle-ci étant par
la suite recouverte de grave ciment.
6.6.3. Les règles de compactage des
remblais et des couches de forme du chantier
Les matériaux ayant été identifiés
par la reconnaissance géotechnique préliminaire,
il était facile de les classer selon les critères
de GTR. Il suffit ensuite d'appliquer les règles de compactage
prescrites par ce guide en fonction du matériel utilisé
pour opérer.
Ainsi à partir des annexes techniques du GTR, le laboratoire
établit les consignes de compactage qui sont distribuées
aux chefs de chantier et aux chefs d'équipe. Ceux-ci donnent
ensuite aux chauffeurs de compacteurs les instructions.
Pour le compactage du chantier de la boucle K nous disposions
de deux compacteurs vibrants (V5 Hamm et Dynapac) et un compacteur
à pneus P1 (P300 de Caterpillar).
Dans le tableau suivant sont présentées les consignes
de compactage propres au chantier de la boucle K.
|
Consignes de compactage
|
|
Détermination des paramètres
de compactage
|
|
Partie
d'ouvrage
|
Nature et classification
|
Energie de compactage
|
Classe du compacteur
|
Epaisseur de couche en m
|
Vitesse en km/h
|
Nombre de passes
|
Rendement en m3/h
|
|
Remblai sous revêtement et arase terrassement
|
Limon
A2m
|
Compactage moyen
|
V5
|
0,45
|
2
|
6
|
220
|
|
Limon
A2m
|
Compactage
intense
|
V5
|
0,40
|
2
|
8
|
250
|
|
Couche de forme
|
Compactage
intense
|
V5
|
0,35
|
2
|
6
|
160
|
|
Compacteur
à pneu
Fermeture
|
0,35
|
5
|
6 à 8
|
|
Sur la boucle K, en tant que chef d'échelon, je m'assurais
que les chauffeurs de compacteurs respectent ces consignes, notamment
le nombre de passes (une passe est par définition un aller
ou un retour). Je veillais également à ce qu'ils
placent dans leur tachygraphe un disque. Le disque de compactage
était la seule preuve du travail de compactage. Il nous
servait à vérifier la vitesse et la fréquence
de vibration. Ensuite il nous permettait de calculer le rendement
et le Q/S réels pour les confronter aux paramètres
théoriques.
6.6.4. Détermination du Q/S
Le paramètre Q représente le rythme de production
de l'atelier de terrassement. Il est évalué à
partir du nombre de tours des engins et de leur capacité
respective. En fin de poste les chauffeurs indiquaient sur leur
rapport le nombre de tours avec la distinction des ateliers s'ils
avaient réalisé plusieurs tâches. Ce paramètre
est exprimé en m .
Le paramètre S représente le rythme d'utilisation
d'un compacteur. Ce paramètre est le produit de la distance
parcourue “en compactage” D par la largeur de la bille L. Il est
homogène à une surface et est exprimé en
m²
La distance parcourue se lit dans la première couronne
du disque de compactage. Elle est représentée par
la courbe en dent de scie. Chaque diagonale de 0,5cm représente
500m. Il suffit alors de mesurer la longueur totale.
Prenons par exemple la nuit du 7/07/97 au 8/07/97 :
La distance en compactage était de 7200m. La largeur de
bille du compacteur utilisé (V5 Dynapac CA551 D) est de
2m. Ainsi S=14400m². Le chef de chantier avait indiqué
sur le bordereau de compactage le volume de matériaux mis
en oeuvre 546m et dans le rapport journalier le volume des
assises compactées 450m . Soit pour cette nuit Q=996m3
.
Q/S réalisé = 0,069m
Cette valeur est comparée Q/S objectif fourni par le GTR
:
Q/S objectif = 0,08m
et
Q/S objectif =1,159>1
Q/S réalisé
ce qui signifie que le compactage a été satisfaisant.
Q/S est homogène à une longueur et représente
d'un point de vue pratique l'épaisseur d'un matériau
et permet de mesurer l'intensité de compactage.
D'autres informations sont également lisibles sur le disque
de compactage :
* les horaires de travail (pour le disque présenté
l'horloge avait douze heures de décalage).
* la vitesse de compactage (Cette nuit là j'étais
sur le compacteur et je me suis attardé à être
régulier dans les passes en roulant à 2km/h. Cette
vitesse est représentée sur le disque par
le cercle “20”).
* au verso la fréquence de vibration.
Le contrôle des terrassements est établi après
chaque poste par le laboratoire, ses agents viennent sur le chantier
confronter leurs résultats par la mesure de la masse volumique
des matériaux en place.
6.6.5. Mesure de la masse volumique des matériaux
en place
Référence normative : NF P 98-241-1 Août
1993
Fixée par le CCTP, la compacité minimale sur l'épaisseur
de la couche de forme doit être supérieure à
98,5% de l'O.P.N. (Optimum Proctor Normal). Pour s'assurer de
la bonne compacité de la couche de forme, la mesure de
la masse volumique des matériaux était faite avec
un Troxler après le passage des engins de compactage.
L'essai a pour but de déterminer la masse volumique moyenne
des matériaux situés entre la partie supérieure
libre d'une couche et une cote (Z) donnée. La mesure est
fondée sur l'absorption par le matériau des photons
gamma d'énergie donnée, émis par une source
enfoncée à la profondeur Z dans la couche soumise
à l'essai.
Pour
réaliser l'essai nous disposions d'un socle de guidage
et d'une tige métallique. Celle-ci était enfoncée
à la masse à la profondeur désirée.
L'essai se faisait sur des couches de 0,35m ce qui correspond
à l'épaisseur traitée. Une fois le trou réalisé,
le socle de guidage laissait sur le sol une légère
empreinte identique à celle du Troxler. Le positionnement
de l'appareil était rendu plus facile. Ainsi était-il
possible de faire coulisser le manche du Troxler directement dans
le trou sans que nous soyons exposés à la source
radioactive. La source était placée à la
profondeur désirée et nous pouvions débuter
les mesures. Un temps d'attente de trente secondes était
nécessaire pour lire le pourcentage de l'optimum proctor
et la teneur en eau. La présence de la chaux perturbait
les mesures de la teneur en eau. La mesure de la compacité
était satisfaisante et nous obtenions souvent des résultats
très supérieurs à 98,5% de l'O.P.N..
Comme l'appareil possède une source radioactive, son utilisation
et son transport sont réglementés par des règles
de sécurité. Toutes les manipulations de l'appareil
sont faites par une personne habilitée qui subit un contrôle
médical périodique. Le transport de l'appareil se
fait dans une boite appropriée, possédant les logos
de présence radioactive. Pour le rangement de l'appareil
sur le chantier, il a été construit un abri en béton
aux dimensions de la boite de transport.
6.6.6. Le contrôle du laboratoire d'ADP.
La dynaplaque.
Pour la réception de la couche de forme des voies de la
boucle K, le laboratoire d'ADP a fait réaliser des essais
de portance à la dynaplaque.
L'appareil permet d'appliquer sur la plate-forme une sollicitation
dynamique équivalente en intensité et en fréquence
à celle provoquée par le passage d'un essieu de
13t roulant à 60 km/h. Pour cela on fait tomber une masse
sur une couronne de ressorts fixés sur la plaque reposant
sur le sol, on mesure alors la réponse de la plate-forme
à cette sollicitation par le coefficient de restitution
énergétique du choc ainsi engendré.
Les essais ont été réalisés par l'entreprise
COSSON. Elle disposait d'un véhicule 4x4 sur lequel était
fixée la masse pour l'exécution de l'essai. Une
seule personne était présente, elle restait d'ailleurs
dans la cabine où se trouvent les commandes et un ordinateur
pour la lecture des résultats. Le laborantin m'a précisé
que les résultats étaient bons et il était
donc possible de conclure qu'ils répondaient à l'attente
du client, c'est-à-dire un coefficient de restitution supérieur
à celui équivalent à un module Ev2
de 55MPa.
6.7. Les rapports journaliers
Pour chaque tâche de la chaîne de production exécutée
sur le chantier, des rapports d'activité devaient être
établis.
En tant que chef d'échelon, je rédigeais mes rapports
de poste. Ils établissaient le pointage des heures de travail
du personnel et des heures de fonctionnement des engins. Ils précisaient
les travaux réalisés durant le poste de travail.
Pour les heures de travail du personnel, le rapport faisait apparaître
les absences, les heures travaillées et les intempéries.
Chaque chauffeur disposait d'un carnet de rapports individuels.
Il remplissait un feuillet sur lequel il inscrivait ses heures
de travail, le nom et le numéro de parc de sa machine et
le levé en début et en fin de poste du compteur
d'heure. Il remettait ce feuillet à son supérieur
sur le chantier.
Le pointage des machines distinguait l'attente, la panne, les
intempéries et la marche. Pour la marche des machines une
subdivision précise en heure des différentes tâches
réalisées.
Chaque tâche était codifiée et le chef d'échelon
consignait dans son rapport les volumes mis en oeuvre, les surfaces
traitées, les volumes de ciment ou de chaux livrés
tout en indiquant les profils concernés. Des cases observations
signalaient toutes les défaillances du matériel
rencontrées au cours du poste, elles permettaient ainsi
l'intervention du service mécanique pour la réparation
des diverses pannes. Les différents bons de livraison ou
de travail d'intervenants étaient liés aux rapports.
Ces rapports étaient destinés au conducteur de
travaux qui pouvait ainsi établir la situation de son chantier
et au service de comptabilité pour la gestion du chantier.
Nous établissions des rapports d'activité propres
à ADP qui relataient les mêmes informations que nos
rapports journaliers.
Les chefs d'échelon remplissaient aussi les bordereaux
de compactage et les comptes flash. Ces derniers présentaient
les dépenses de la nuit rapportées au mètre
cube de terre mis en oeuvre. Une distinction était faite
en fonction de l'atelier (décapage TV, terrassement, traitement).
Les dépenses étaient calculées uniquement
à partir des heures travaillées du personnel et
des heures de fonctionnement des engins dont nous avions les taux
horaires. Les comptes flash sont des documents internes.
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